Voyage en Allemagne (I)
La première fois que je suis allé en Allemagne remonte à un de ces voyages familiaux trans-européens, à la fin des années 1960, lorsque l’été nous roulions notre caravane comme d’autres leur bosse. Du port d’Athènes à Lisbonne mais avec une préférence pour les lacs et rivières à truites de ce qu’on appelait encore la Yougoslavie.
L’été 1968 fut donc consacré à l’Allemagne et à l’Autriche, dans les grandes largeurs. Il faut dire que nous n’étions pas avares en kilomètres parcourus, surtout que mon frère avait maintenant l’âge de conduire et relayait mes parents, sans pouvoir s’empêcher de faire remarquer régulièrement que la voiture émettait des bruits bizarres, ou que la caravane tirait à droite ou à gauche.
Je me souviens surtout qu’à Munich, nous avions laissé ladite caravane dans une banlieue cosy, de manière à visiter la ville plus à l’aise. Le problème est que nous n’avions ensuite pas retrouvé la maison sur roues bleue et blanche. Sinon le lendemain, ce qui nous avait valu une nuit à l’hôtel ; pas le but recherché quand on voyage en caravane. Lors de notre deuxième journée de recherche, cela avait d’ailleurs un peu swingué dans le break 404.
“Je t’avais dit de noter le nom la rue ! se plaignait ma mère.
Je parle pas allemand… répondait mon père.” Avec mes sœurs, on se marrait. Mon frère lui, prétendait que la “Digue” avait sûrement été volée. Il n’en était rien, heureusement.
Je suis retourné en Allemagne lors d’un voyage éclair avec mon ami Stéphane Plassier, à l’été 1979. Avec Stéphane, nous venions de voir le film de Hans-Jürgen Syberberg, “Ludwig, requiem pour un roi vierge”. Et étions sous le charme de ce roi allumé, ce Louis II pas banal. Une fin d’après-midi, alors qu’avec Etienne Daho et quelques autres amis nous traînions notre peine dans la jolie maison de Sylvie Coma, rue de Fougères, à Rennes, Stéphane proposa que l’on aille visiter les châteaux de Louis deux.
Maintenant?
Oui.
Nous partîmes à l’heure du dîner, Stéphane, Christine Angoujard, Babette Dumont et moi-même, cap à l’est. Le reste de la bande aurait pu nous suivre dans une autre voiture mais trouvait l’idée saugrenue. Je me souviens que dans l’Opel de Stéphane, brinquebalante, on écoutait, au départ de Rennes, le “17th seconds” des Cure.
Nous avons passé la frontière allemande au petit matin, avalé quelques saucisses dans l’air laiteux, en nous demandant où pouvaient bien se trouver les châteaux du roi allumé, sinon en Bavière. Nous n’avions en fait aucune idée de l’endroit précis où ils étaient érigés, ni guide, ni carte.
Nous achetâmes notre première carte routière du coté allemand de la frontière et il nous apparut que mettre le cap sur Ludwigsburg était une bonne idée. Bonne mais assez stupide…
Arrivés dans la ville, nous tentâmes de demander aux autochtones où pouvaient se trouver les édifices chers à Louis. Mais peu parlaient anglais et notre allemand était trop limité.
Une gentille dame, qui parlait un peu français, finit par nous expliquer que Louis II, à sa connaissance, n’avait rien à voir avec Ludwigsburg et qu’il fallait, pour trouver un de ces fameux châteaux, aller vers le sud, la Bavière donc, ce qui était finalement assez logique. Merci Madame.
Nous voila donc partis à la poursuite d’un mythe, sans guide toujours; mais pleins de bonne humeur et une vague direction en tête.
Aiguillés par on ne sait quel fluide, nous avons fini par trouver un des châteaux, celui qui est caché au fond d’une épaisse forêt. C’était joli mais nous voulions surtout voir le Neuschwanstein, celui qui, perché sur son pic, a servi de modèle à plusieurs reprises pour les studios Disney.
A cette étape forestière, nous pûmes accéder à toute une documentation, et même des cartes précises indiquant le reste des édifices recherchés.
Mais, avec les guides en main, tout devint soudain moins excitant. Et nous mîmes finalement le cap sur l’Autriche, sans raison particulière.
Dans la montagne nous dévorâmes un goulash, dormîmes dans une auberge et, le lendemain, avant de remettre fissa le cap vers la Bretagne, piquâmes une tête dans le lac de Konstanz. Il en est des voyages éclair comme des guerres du même nom, ils peuvent laisser plus de traces qu’un long périple. Et celui là, bien qu’un peu flou, me laisse un excellent souvenir. Celui d’avoir énormément ri, mais avec Stéphane, c’était tradition.
Au début des années 2000, mon ami Hubert, le Paimpolais qu’on ne présente plus, se mit à faire un peu de brocante. Se passionnant pour les signatures de faïences bretonnes liées aux Seiz Breur, il se mit à commercer avec les Etats-Unis par le biais d’Ebay, tout simplement parce que certains américains sont des fondus des porcelaines Henriot, entre autres, et qu’ils en possèdent un stock ancien considérable.
Ce truc d’ebay, qui passionnait tant Hubert, finit par m’alerter et je commençai moi aussi à voyager virtuellement au travers de cette caverne d’Ali Baba numérique. A m’y perdre, à y passer des heures.
Jusqu’à me dire tout d’abord que, moi qui avais toujours rêvé d’avoir de la bonne peinture accrochée à portée de regard, certaines jolies choses semblaient soudain abordables, essentiellement sur ebay Allemagne, et pas seulement des tableaux allemands.
Je remarquai ensuite que l’offre sur ebay Allemagne était de très grande qualité et relativement peu chère par rapport à ce qui était proposé sur ebay France. Mais, comme il est difficile de choisir, à priori, une œuvre seulement sur photos, je commençai d’acheter quelques croutes et de les comparer avec les toiles héritées de mon grand père (deux ou trois œuvres d’un peintre échoué à Roscoff dans l’entre deux guerre et répondant au nom de Charles Mootz).
Puis je tentai des achats un peu plus risqués, de l’autre coté du Rhin toujours, portant les pièces ensuite chez un galeriste rennais réputé. Qui trouva intéressantes certaines de mes prises, surtout au vu du prix souvent ridiculement bas d’acquisition.
Alors, après une bonne année d’entraînement, de consultations de livres de peintures et d’une méthode d’allemand, d’échanges cordiaux, je décidai d’ouvrir ma petite entreprise de ventes de tableaux. Entreprise qui consistait en fait à acheter des tableaux sur ebay Allemagne pour les revendre sur ebay France. Accompagnés d’un commentaire chiadé en sus, et de belles photos.
Après que la CCI m’ait expliqué le fonctionnement de la “petite entreprise” en France, je m’inscrivis au registre du commerce et remplis la paperasse requise.
Il se trouva que j’obtins dans les premiers mois des résultats intéressants. Mais, quand les premières charges d’URSSAF forfaitaires tombèrent, je compris que, pour être viable, l’entreprise devait faire plus de chiffre. Plus d’abattage.
Il n’était plus alors question d’acheter sur ebay Allemagne, au coup par coup, ces écoles bretonnes ou flamandes modestes, ces expressionnistes danois formidables. C’est un processus excitant mais trop lent pour constituer un stock correct et, pendant ce temps, le compteur URSSAF tourne. Je décidai donc de me rendre en Allemagne pour visiter mes sources préférées et leur acheter en gros.
Contactant dans la foulée trois vendeurs dont j’aimais l’offre en général et avec les toiles desquels j’avais déjà fait un peu de bénéfice, je leur proposai cet achat en plus grande quantité. Ils furent ravis!
Un lundi midi, je pars donc en direction de l’Allemagne, dans ma vieille corolla verso, seul, un pack de coca light à portée de main, un sac vite bouclé, une carte routière cette fois, et quelques disques pris au pif dans un placard. Dont la sublime compil “flyin’ on 747″ de Kid Loco, un CD que je ne connais pas encore.
A suivre



7 février 2009 à 23:31
Mr Franck, sympas ces souvenirs d’enfance et de jeunesse où la folie, et l’inattendu était au rendez-vous!
Collectionnez vous toujours les peintures , ou n’en faites vous plus qu’un seul commerce ? Quand on commence avec passion, il est difficile de s’en défaire.. Nous faisions les ventes aux enchères auparavant, pour chiner des litho ou gravures originales et puis stop! çà encombre vite une maison. De plus, fan de BD, ce sont aussi les litho signées devant moi par maître jean giraud (moebius) , mr loisel, mr juillard, mr krahen, et mr tardi ….(Beaucoup habitaient les alentours de Perros-guirec.. où nous avions plaisir à participer au festival annuel de BD).
Dans un autre registre, Si vous êtes tous allés à LISBONNE il y a quelques années, vous, votre ami Stéphane PLASSIER (le créateur styliste?)et Etienne Daho, c’est que çà en valait le coup ? Ne connaissant pas ce beau pays, parlez nous en une autre fois, racontez des souvenirs …
Au plaisir de lire une nouvelle anecdote ou vos nouvelles pensées d’un jour.
Kenavo.
8 février 2009 à 22:44
Aaaah ! ebay ! ce site qui m’a permis d’acquerir , dans un autre registre que les tableaux allemands , une lithographie representant la pochette de “pour nos vies martiennes” de sieur Daho , signee par Peellaert pour … 50 euros !