ENREGISTREMENT DU NOUVEAU JAMES CHANCE Á NY, part 1
Avec un mois et demi de retard, voici le compte-rendu de mon récent voyage à NY pendant lequel, en tant que producteur exécutif pour « Le Maquis » du prochain album de James Chance, je suis allé superviser les séances newyorkaises dudit album.
Auparavant, en coproduction avec le studio Passage à Niveaux à Rennes, nous avions déjà enregistré les rythmiques et les guitares en avril, en présence de James bien sûr.
Il faut dire que depuis quatre ans, les accompagnateurs de James sur les dates européennes sont rennais, à savoir Pierre Fablet à la guitare, Jacques Auvergne à la basse et Alex Tual à la batterie. D’où l’idée d’enregistrer un nouvel album de James (7 inédits plus deux reprises) avec les Contortions bretons (du coup l’album sortira sous le nom de James Chance and les Contortions, le « les » pour la french touch…).
Comme James voulait aussi des guests newyorkais, il semblait éminemment plus simple et économique que j’aille à NY avec le disque dur des séances rennaises plutôt que de faire venir tous les invités de la Grosse Pomme en Bretagne (c’est d’une logique irréprochable, non ? ).
J’ai donc trouvé un studio à NY, un studio appartenant à un pote de James, qui n’est autre qu’Ivan Julian, le guitariste des fameux Voidoids, le groupe de Richard Hell à la fin des années 1970… Ben oui, le gars qui joue les guitares avec Robert Quine sur Blank Generation. Il se trouve que j’ai vu RH and the Voidoids à maintes reprises pendant l’été 1978, que ce soit au Max’s ou au CBGB’S. Et cela m’amusait vraiment de boucler cette boucle là.
Mon rôle de producteur exécutif sur ce disque m’amène donc à discuter prix et dates avec les studios, et ce fut un plaisir de faire affaire avec Ivan, en souvenir de la classe de ce groupe mais pas seulement, en fait Ivan est un type super. Et on va d’ailleurs essayer de sortir son disque solo en Europe avec Le Maquis, à la rentrée, mais j’y reviendrai.
Pour cette opération « James Chance », Le Maquis, crise oblige, ne pouvait que payer mon billet d’avion, mais j’ai pu arranger un hébergement chez man nièce Marianne, qui vit à Brookyn. C’est tout de même très positif cette émigration bretonne vers les US… Et Marianne et son mari sont des gens adorables.
Parti sur ces bonnes bases, j’ai eu le plaisir de constater en arrivant que le studio, bien que situé dans le lower east side de Manhattan n’était qu’à quelques stations de métro de mon repaire à Brooklyn. Un voyage que j’ai fait tous les jours en ouvrant grand les mirettes puisque je n’avais pas respiré ou vu NY depuis près de dix ans. Cette ville fait de nous des acteurs de cinéma. Si, si.
Les séances se sont déroulées dans une coolerie indescriptible. Il faut dire que tous ces musiciens très talentueux (Robert Aaron aux saxophones et claviers, Mac Gollehon à la trompette, AJ Mantas aux percussions et au vibraphone, Norman Westberg des Swans à la guitare), parlent plus musique qu’argent, et qu’ils semblent appartenir à cette étonnante confrérie des «êtres vivants», une bande que l’on croise parfois dans les films de Jarmusch, dans les nouvelles de Carver, ou dans les livres de Kerouac ou de Céline.
D’autre part, il n’y a pas d’ASSEDIC du spectacle à NY, et cela facilite grandement la vie des labels en période de crise. Comment font les artistes là-bas pour s’en sortir alors ? Eh bien, c’est simple, quand ils ne sont pas très bons, ils trouvent un autre job… Au final donc, ces types très talentueux qui jouent sur l’album de James ne coutent pas une fortune. Ce qui donne des idées, vu que le studio d’Ivan est lui aussi très abordable. Je reviendrai sur les détails de l’enregistrement dans la suite de ce papier.
En terme d’emploi du temps global, cela a commencé dès mon arrivée par deux jours de séances, et puis j’ai eu quatre jours pour revisiter la ville, enfin on a réenregistré le jour de mon départ. Ce break au milieu était dû au fait que James allait entretemps faire un concert à Berlin, toujours avec les Contoritions bretons, restés en Europe.
En dehors des jours de studio, j’ai pu découvrir Brooklyn du coté de Prospect Parc. Même si je connais assez bien NY depuis longtemps, je dois dire que j’avais rarement mis les pieds à Brooklyn. Je ne connaissais en tous les cas pas du tout ces quartiers maintenant plutôt huppés, yuppies ? et relativement trendy, le tout sur fond d’architecture victorienne. Mais cela reste plus abordable néanmoins que la plupart des zones de Manhattan. Et c’est tellement relax. Cela m’a fait pensé à San Francisco, et je dis ça vraiment comme ça vu que j’a n’ai jamais été à SF…
J’ai traîné parfois seul le soir dans ce coin de Brooklyn, autour de la quatrième avenue. J’ai dîné dans des restaus plutôt abordables, et bu des verres dans des bars où l’on a trouvé à deux reprises que j’avais un accent irlandais… Ce qui m’a plutôt amusé.
Ayant annoncé que je venais dans les parages sur Facebook, j’ai été rapidement contacté par des membres de la diaspora bretonne de NY. A commencer par Olivier Balavoine, affilié à BZH Network. Olivier m’a consacré toute une journée et, bien que je ne le connaissais pas auparavant, il m’a proposé de me véhiculer dans les parages.
Rendez-vous a été pris lors d’un jour off dans la 59ème à Manhattan, là où j’ai erré pendant la matinée à la recherche de souvenirs d’ado (le magasin de perruques de mon oncle, pour lequel j’ai été livreur certains étés lointains, a d’abord été situé dans Madison au coin de la 58ème, puis sur la 57ème au coin de la 5ème avenue, on l’aperçoit d’ailleurs à cet endroit dans « la valse des pantins »…).
J’ai déjeuné dans un restau italien un peu chic et Olivier s’est garé juste devant. Pas à dire, les Bretons sont bien organisés ! Direction Coney Island Beach. Je n’étais pas sûr d’être déjà allé, puisque plus jeune j’allais plutôt à Riis Park beach. Mais comme j’avais vu la direction de la plage chère à Lou dans le métro la veille, la figure devenait presque imposée.

Sauf qu’Olivier n’a pas un sens de l’orientation inné, pas plus qu’il n’a de GPS… Et comme nous parlions avec passion de la Bretagne, de la diaspora, nous avons fini par nous perdre grandement en sortant de Manhattan. Olivier, en tant que bon breton a fini par décréter :
« Si on veut aller à Coney Island, il n’y a qu’à suivre le front de mer »
Moi, je n’y voyais pas d’inconvénients, sauf que le front de mer était obstrué par des hangars, des piliers de structures autoroutières, des usines diverses. Entre deux carrefours, Olivier apercevait parfois une voiture de police en faction, il ne résistait pas alors à l’envie d’aller demander la route de Coney Island aux condés locaux. Je dois dire qu’aucune de ces indications émanant de la puissance publique ne nous a beaucoup aidés… Nous avons même fini par atterrir au milieu d’une bande de dockers en plein déchargement de camion. Une scène ultra authentique tirée d’une série américaine lambda. Comme il s’agissait là d’un cul-de- sac, Olivier a demandé sa route à ces gars casqués et baraqués, qui suaient sang et eau à charrier des caisses sous le soleil.
Il était clair que pour certains, indiquer la route de la plage à deux « frenchies » en goguette, relevait de la plaisanterie pas drôle. Mais un grand black a fini par sortir de la grappe affairée pour nous indiquer la route de la fameuse plage. Il devait bien faire deux mètres, et il ne me serait jamais venu à l’idée de lui dire que sa tenue rappelait un peu celle des Village Poeple.
En tous les cas, il s’est mis en quatre pour se faire comprendre par Olivier, et on a fait demi-tour le cœur gonflé d’espoir. Cette bon dieu de plage ne devait pas être loin !
Patatras… Cela n’a rien donné de bon, sinon encore une bonne demi-heure d’errance sous des autoroutes bruyantes, au cœur de carrefours borgnes et ombragés. Ceci dit, notre conversation était toujours très intéressante, et cela explique bien sûr en partie que la plage ait mis du temps à se dévoiler.
Au bout de deux heures de périple, on a fini par apercevoir la mer, les buildings abîmés de Coney Island, et le parc d’attraction tournant au ralenti. Une vraie scène de désolation que cette plage et ses alentours. Il faisait beau néanmoins, et il n’était pas question de ne pas piquer une petite tête puisqu’on était là.
J’avais oublié mon maillot évidemment aussi j’achetais (en double vu que le prix était donné) un bermuda estampillé Coney Island dans une boutique de plage aussi vaste qu’un grand super U et dans laquelle on trouvait à peu près tout ce dont on n’a pas besoin lorsqu’on est à la plage. Mais des maillots tout de même. Et drôlement chouettes !
Une fois le bain pris, au milieu d’une pléthore de sacs plastiques, on a mis le cap vers Manhattan à nouveau, puisqu’on avait rendez-vous avec ma nièce et son mari dans un des QG des Bretons de NY, à savoir le « tout va bien ». Pour une soirée qui va s’avérer épique. La suite au prochain numéro….







30 juillet 2011 à 9:53
Ivan a toujours garde le cap.Il a notamment produit des trucs des Fleshtones il y a quelques années.C’est un guitariste original et il a une grande culture musicale.Au fait,Frank,il y a un gig de Republik au Mondo cet automne.Tu confirmes cette date?Kenavo et au plaisir de te lire!
2 août 2011 à 9:27
Bonjour Antoine
je confirme le set de REpublik au mondo le 4 novembre, sinon l’album d’Ivan sort chez Le Maquis fin octobre, j’en reparlerai. Au plaisir
Frank
6 août 2011 à 10:56
Bien,il me tarde de revoir Tox,que je n’ai pas revu sur une scene depuis UBIK…..
2 janvier 2012 à 14:21
Bonjour Franck et happy good year !
Lu avec grand plaisir cette chronik new-yorkaise. Je reste toujours un fan invétéré (pas encore invertébré) de James Chance (alias James White & the blacks) et des Contortions qu’ils soient pur new-yorkais ou carrément bretons (comme Jacques et Pierre, merci de leur dire un petit bonjour au passage). J’étais à ce concert miraculeux en 2007, à la Grande boutique de Langonnet où James m’avais dédicacé l’affiche ainsi : “Pierre, contort yourself five times”. Je le fais chaque année et d’autant plus en ce début 2012 où tant de choses devraient changer… Ce jour de 2007, un triste dimanche, à la fin du concert nous apprenions l’arrivée au pouvoir de Nicolas S.. Quelqu’un dans le bar avait eu la bonne idée à ce moment précis de jouer une petite marche funèbre sur le vieux piano près du comptoir.
Enfin, voilà pour l’anecdote. Encore merci pour ce voyage. Evidemment on attend Les Contortions de pied ferme par ici, en gardant l’oreille (et la bonne) grande ouverte
Pierre Wadoux