JAMES CHANCE SESSIONS IN NY part 2, INCLUDING 5 POINTZ
Suite du périple à NY donc, on est toujours début juin 2011…
Avec Olivier on a retrouvé ma nièce et son mari au « tout va bien », un restaurant tenu par des Brestois et qui sert de point de ralliement à une partie de la diaspora bretonne à NY. C’est aussi là que s’est montée l’équipe de football des Bretons de la Grosse Pomme, toujours en activité d’ailleurs si j’ai bien compris. L’établissement existe depuis plusieurs dizaines d’années (1948 exactement).
Repas cool et bonne cuisine, française pour le coup…, les expatriés en présence à notre table comparent leurs expériences de ce côté de l’Atlantique, puis le patron du lieu entend parler de mon métier de guitariste à mes heures et on évoque la Bretagne électrique et plus particulièrement les rockers brestois. Il est ami avec Bernard Gouret, le chanteur d’UV Jets. Je lui parle de ROK et lui promets de lui en envoyer un exemplaire. Bon dieu, j’en ai plus… il faut que je trouve une solution… Parce qu’une soirée de sortie de ROK 2 dans son établissement serait une excellente idée ! On en parle depuis avec l’éditeur…
Comme on a l’air de bonne compagnie, on nous offre une tournée de vodka. Bonne idée également. Ensuite on se retrouve dehors avec les fumeurs et je fais la connaissance d’un couple de Canadiens charmants. Elle est actrice, on fait une séance de photo signe d’amitié britto-canadienne, c’est Olivier qui doit les avoir. Hé, si tu me lis tu me fais passer ces photos sur le trottoir.
Le bar se remplit peu à peu, la famille s’en va, puis Olivier, qui doit rentrer dans le New Jersey. Je m’accroche au comptoir où on m’offre cette fois un excellent Calva. Cela commence à tourner un peu après le vin du repas et les quelques bières pour digérer. Plus la vodka. Mais dans le bon sens. Je fais connaissance des responsables de la communauté bretonne. Je discute aussi avec des dissidents… Arrive ensuite un type originaire de Lorient qui a une carte au nom de l’ambassade de Bretagne à NY… Les gars ont l’air sérieux ceci dit, et ont tous de bons jobs visiblement.
Enfin c’est le maire de Plougastel Daoulas, Dom, qui débarque avec sa femme. C’est amusant parce que je passe un partie de l’été à 10 bornes de chez lui. On sympathise, mais comme il est UMP (mais il soutient à fond Diwan, c’est bien…), je sors ma carte du Parti Breton (je la sors assez facilement n’importe où après quelques bières et un calva…). Là-dessus de nouveaux arrivants me font remarquer qu’avec une carte comme celle-là, je devrais parler breton… Ce sont d’anciens militants « réfugiés » ici depuis les années 1970, et qui ont fait leur place au soleil il me semble. J’avoue, je n’ai fait que commencer à apprendre, je suis un peu court dans la langue de mes ancêtres. Je me fais gentiment engueuler et on prolonge la discussion avec les différentes factions à la Corona.
J’apprends que si le maire de Plougastel est là (il me dit que les étiquettes, en Bretagne, c’est pas ça qui compte, et on reprendra d’ailleurs cette conversation puisque on va se retrouver au Francofolies deux mois plus tard…) c’est pour préparer la Saint-Patrick. En effet, depuis deux ou trois ans, les Bretons défilent avec les Irlandais sur la cinquième avenue. C’est le bagad de Plougastel qui aura l’honneur de représenter la Bretagne en 2012. Ça donne envie de venir faire un tour !
Vers trois heures du matin, il doit bien y avoir une cinquantaine de Bretons et de Bretonnes dans le bar, plus quelques Français. Des lyonnais je crois. Moi je me dis qu’il est temps de remettre le cap vers Brooklyn, j’ai un programme chargé pour le lendemain.
J’ai attrapé un taxi sur une avenue voisine. Le gars m’a proposé un forfait très correct comme il est de coutume lorsque l’on sort de Manhattan. Il m’a réveillé à l’adresse indiquée.
Ce samedi donc, je dois aller visiter Marie-Cécile Flageul à Queens. On est en contact depuis quelques temps par Facebook, et je sais qu’une partie de sa famille est originaire de PLessala… Cela ne s’invente pas.
Je vais à Queens en métro et cela prend quand même un certain temps d’où je suis à Brooklyn… Arrivé là-bas, les effets de la gueule de bois commencent bizarrement à se faire sentir. Marie-Cécile vit dans un superbe immeuble tel qu’il s’en construit pas mal dans le Queens maintenant. Du genre usine désaffectée transformée en condominium de luxe. Une entrée avec un décor à la Blade Runner. Impressionnant. Et des doormen très suspicieux…
MC me reçoit dans son joli appartement avec terrasse et vue imprenable sur Manhattan. J’ai oublié mon appareil photo bien sûr, donc il faudra me croire sur parole. C’est drôle mais on se parle et c’est comme si on se connaissait depuis longtemps. Pourtant on ne s’est encore jamais rencontrés. C’est le sang plessalien qui fait ça…
Arrivent peu après une amie française de MC, Nelly, et James, un peintre graffeur australien. Des gens charmants, et ce n’est pas juste une manière de parler. Un brunch ultra cool s’ensuit, mais je suis incapable d’en profiter beaucoup, je suis surtout peu tenté de passer au rince cochon comme on m’y invite… En fait, je trouve que la flotte est pleine de vertus certains jours…
MC m’explique qu’en dehors de s’occuper d’évènementiel (et cela a l’aire de très bien se passer), elle co gère une usine désaffectée transformée en de graffitis qui est un des lieux dédiés les plus prisés au monde pour les aficionados de la discipline.
De la terrasse, la vue est vraiment incroyable sur le Manhattan Skyline, et comme dans toutes les villes qui me plaisent, je me demande si je pourrais vivre ici quelques années. Ben oui, je pourrais, mais ça serait quoi mon job ???
MC a un petit American Staffordshire adorable, il bouffe le bout de mes chaussures et ses dents me font penser à un bébé requin. C’est son troisième, les deux autres sont morts de vieillesse. Bientôt il fera plus de cinquante kilos… Si je reviens, j’aurai une tenue robocop pour qu’il ne me croque pas le genou… Cette gueule de bois est vraiment terrible.
Mais il est temps d’aller à Five Pointz, le haut lieu du graff. Et c’est pratique parce qu’on est juste à quelques centaines de mètres. La bande des quatre que nous formons erre donc dans une partie de Queens plutôt déserte en ce samedi.

Enfin on découvre l’usine, et là j’ai un choc… C’est une putain de grande usine, avec plusieurs batîments très hauts !!! Et elle peinte et graffée de partout. Les gars viennent donc du monde entier pour mettre leur fresque et leur signature ici. Aujourd’hui il y a un Bolivien qui peint des trucs un peu gothiques, un Japonais, et des gars du cru. De quoi faire un casting d’enfer pour un film de gangsters. Sauf que tout le monde a l’air cool, et Marie-Cécile salue tout le monde en cheftaine. Moi j’ai envie de leur dire : eh les gars, vous savez qu’elle de Plessala ? This is my bled.
Le frère du chien de MC est là, et on regarde donc les deux futurs gardes du corps errer entre les bombes de peinture, et les solides tatoués. Je fais la connaissance également de Jonathan Cohen (plus connu sous le nom de Meres One ) qui chapeaute le complexe avec MC, un type vraiment adorable, qui prend le temps de m’expliquer comment on déchiffre certains graffs. La règle ici c’est que les très bonnes œuvres peuvent rester un an. Quand c’est pas terrible, cela peut être recouvert au bout de deux ou trois semaines.
Sur les hauteurs, il y les noms des graffeurs morts, les pionniers. Décédés pour la plupart du fait de l’inhalation de ces peintures qui étaient super toxiques au début, puisque c’étaient de vraies peintures pour voitures. Maintenant ils ont des peintures spéciales, nettement moins létales…
En tous les cas, c’est impressionnant, et encore une fois super relax. Il y a le portrait d’un Gainsbourg qui vient d’être fait par un graffeur breton, un certain Roux, l’hermine en bas à gauche attestant de ses origines quimpéroises.
Après avoir pris quelques photos, James négocie un morceau de mur pour les jours suivants, il pourra donc revenir avec son équipement.
On finit dans un bar irlandais à deux blocs. Ce lieu sort d’un épisode de Starsky et Hutch ! J’arrive encore à éviter la bière…
Je reprends un taxi vers Brooklyn après avoir embrassé tous ces gens que je ne connaissais pas quatre heures avant et qui sont devenus comme des amis en un laps de temps, ultra coloré.
Le chauffeur du cab est Guinéen et veut savoir ce que je pense de l’affaire Strauss-Kahn… J’élude, mais on discute de bien d’autres choses. Il est très au courant de la situation politique en Europe. C’est fou ce que les chauffeurs de taxis savent comme trucs dans cette ville !
L’après-midi à Five Pointz est derrière moi et j’en éprouve un peu de nostalgie en rentrant à Brooklyn. C’était vraiment plein de vie cet endroit. D’ailleurs il est menacé, le proprio veut virer tout le monde pour transformer l’usine en appartements. Vous pouvez soutenir Five Pointz au travers de ce lien :
Le dimanche j’ai traîné dans Brooklyn. J’étais en pleine forme et il faisait beau. J’errais et pensais à des tas de belles choses. À une chanson de Lou Reed sur l’album Berlin. Je l’avais en tête celle-là. Bon, presque un perfect day quoi.
Lundi on avait à nouveau studio avec James qui débarquait de Berlin dans l’après-midi. Séance épique avec u AJ Mantas que sa chimio contre le cancer affecte beaucoup ; mais il nous fait néanmoins de belles percus. Il avait déjà été excellent au vibraphone quelques jours tôt.

A un moment où AJ faiblit un peu sur ses congas, Robert Aaron lui glisse :
« Hey, AJ, joue comme quand ta vie était belle !
- Bon dieu, répond AJ, je me souviens que ma vie était belle, mais c’était avant ce terrible accident de voiture, et maintenant ce cancer !
Il lève la tête au ciel et demande à dieu :
- Hey, c’est quoi le prochain truc ?
Puis il part dans un monologue furieux et arrête complètement de jouer :
- Mais AJ ne va pas se laisser faire ! Il va le baiser ce cancer ! Et il va retrouver cette belle vie qu’il avait avant ! AJ rules…. Etc…
En fait AJ est inarrêtable, mais personne n’a envie de l’arrêter, et James arrive de l’aéroport sur ces entre-faits et il se tape une crise de four rire terrible en entendant AJ déblatérer. Et c’est difficile de se retenir il est vrai. Puis AJ se remet en route, nous colle encore deux trois belles percus. Et il s’endort.
Je prends le disque dur pour ramener les sessions New Yorkaises à Rennes. Et je quitte cette bande géniale, un pincement au cœur. Avant de partir, Ivan me dédicace un Blank Generation que j’ai acheté avant le Week-end, puis un dernier mail m’arrive d’Europe. Une personne qui m’est chère me dit qu’elle a l’impression que mon avion n’arrivera jamais. Cool…
Hey I’m still there !!!




