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UN JEUDI SOIR AUX VIEILLES CHARRUES

20 juillet 2009 par Frank DARCEL | Print UN JEUDI SOIR AUX VIEILLES CHARRUES

Petit tour aux vieilles charrues jeudi dernier. J’avais deux invitations et j’ai proposé à Hervé, un ami de longue date, fan de Bruce, de m’accompagner.

on the road vers Karaez

on the road vers Karaez

Nous sommes arrivés sans encombre dans la capitale du Poher. Ce qui frappe aux vieilles Charrues, dès le départ, c’est la décontraction générale sur le site. En premier lieu, le service d’ordre n’a pas l’air stressé, les divers pass et brassards sont contrôlés sans nervosité. Cela change de pas mal d’autres festivals, et j’en ai fréquenté quelques-uns. Ce qui est drôle aussi c’est de voir que tous les habitants du coin se sont appropriés l’événement; quelque soit la génération à la quelle ils appartiennent, les Carhaisiens ont envie de commenter ce qui va se passer.

Difficile de se garer par contre, alors on est allés vers un parking VIP auquel on n’avait pas accès à priori. Mais le cerbère affable n’a pas hésité quand j’ai dit que nous étions du Parti Breton… C’était un coup de poker tranquille. Lui venait de banlieue parisienne probablement, et il a trouvé que Parti Breton ça faisait sérieux, et rudement exotique probablement. En tous les cas, il a ouvert tout de suite le grillage et on a pu garer la voiture à quelques encablures de Kerampuil. Bien surveillée qu’elle était.

On est arrivés pour le discours de Christian Troadec, le maire de Carhaix. Il a réussi à faire passer quelques messages porteurs en peu de mots. On a compris que quand on voulait vraiment, collectivement, on pouvait… Ça parait simple mais quand on voit ce qu’est devenu ce festival, et l’ambiance qui le baigne, dans un pays, le Poher, que beaucoup condamnaient à une mort tranquille, ça marque. Ce serait bien d’étendre ces volontés et objectifs à toute la Bretagne. Parce qu’on est un peu loin de tout, à la pointe de l’Europe, et quand on forme patiemment des étudiants, par exemple, ils finissent par s’en aller souvent parce qu’il n’y a pas chez nous suffisamment de centres de décisions pour les retenir… J’en passe.

J’aime bien la tonalité de ce discours: Bretons, quand on veut on peut… Si on veut, on le fait…

la traductrice, Christian Troadec et le Maire de Woodstock

la traductrice, Christian Troadec et le Maire de Woodstock

Ensuite c’est le maire de Woodstock, Jeff Moran, qui s’est exprimé, il a dit : “nous arrivons en paix” pour ouvrir son discours, et m’a expliqué plus tard que c’était une allusion à un film de science fiction. Sous entendu, lui et sa femme étaient des extra terrestres qui ne voulaient de mal à personne…. Mais il s’est dit ensuite que c’était un film que peu de gens avaient vu (le jour où la terre s’arrêta ?), et que cela avait été traduit à côté. Et donc que sa vanne n’avait pas été perçue. J’ai convenu que, personnellement, je n’avais pas compris ça, mais plutôt qu’il faisait une allusion au flower power, peace and love, etc… J’avais tout faux.

morvan-charrue-3

Arpès l’exercice de la charrue dans lequel excellèrent les Frères Morvan, ce fut un long apero en attendant les premiers groupes. J’ai retrouvé là plein d’amis, Yann Rivallain, D’ArMen, Caroline Ollivro, notre tête de liste aux élections municipales de Rennes, et pas mal de musiciens, journalistes, et d’autres membres du Parti Breton. C’était chouette de pouvoir mélanger les sujets de conversation, sans perdre le fil à un an des élections régionales. Puisqu’il n’est au fond question que de construire un monde meilleur, et de commencer par la Bretagne puisque c’est pratique vu qu’on y est…

Caroline Ollivro, myself, Yann Rivallain

Caroline Ollivro, myself, Yann Rivallain

On a vu et entendu ensuite le fils de Sting et son groupe sur l’écran géant qui donne vers le bar. Cela avait l’air d’avoir la pêche. Il y avait aussi cette chanteuse avant, avec une très belle voix, mais j’ai oublié son nom. Je ne suis pas un très bon reporter…

On a tenté la prairie au moment des Killers; qui ont un chanteur beau gosse à la voix puissante. Mais au bout de deux titres, la surprise du son maousse passée, c’était gonflant. Retour sous les tentes, en attendant Bruce.

J’ai découvert Sprinsteen en 1978. J’étais à New York et « Darkness on the edge of town » striait les ondes des radio branchées de la grosse pomme entre “les Cars” et quelques nouveautés anglaises, dont les Clash. En plein boom punk, Bruce n’était pas ma tasse de thé, mais j’aimais bien la chanson Candy’s room sur cet album, elle me faisait penser à une copine de fac. Mon roommate de l’époque, le même Hervé qui m’accompagnait ce jour là, m’a plus tard saoulé avec “the river” pendant de longs mois. J’étais plutôt imperméable.

J’ai commencé à être sensible aux vertus de Bruce avec la chanson “I’m on fire” sur l’album “born in the USA”. Puis ai découvert le sombre Nebraska, qui le précédait, dans la foulée, et m’en suis inspiré en partie pour mon premier roman, “le dériveur”, qui se termine à Aurora, Nebraska donc.

Mais quand Bruce a déboulé jeudi soir, alors que j’étais retourné en haut de la prairie, sans lunettes, je n’ai pas vu grand-chose. Je suis donc repassé derrière, et j’ai suivi d’un œil distrait ce qui avait l’air d’être un bon concert, sur le fameux écran.

Au bar, pendant que déroulaient les hits, on a parlé d’un peu de tout, musique et politique aussi. J’ai retrouvé avec plaisir Yann Pelliet, que je croise souvent sur les salons du livres en Bretagne et qui a plus d’une corde à son arc, vu qu’il est également producteur de disques rock maintenant, et sonneur de cornemuse depuis toujours. Il m’a présenté le maire de Woodstock et nous avons longuement échangé.

J’ai expliqué, avec mon magnifique col pelle à tarte, avoir visité Woodstock, la petite ville dont il est le maire, en 1975. Il m’a confirmé que le festival n’avait eu lieu exactement là, mais à quelques encablures. Ce qui ne l’empêchait pas de faire vivre le souvenir en accueillant autant de manifestations musicales que possible.

Cet homme charmant a ensuite posé des questions sur la langue bretonne dont Bruce venait d’écorcher quelques mots. Nous avons été très surpris qu’il connaisse assez bien l’histoire de Bretagne. Dom Duff, qui nous avait rejoints entretemps, a expliqué quelques formulations, tout en nous gratifiant d’un Pin’s estampillé d’un sonore “gast”. Qu’on ne savait s’il fallait mieux traduire en “bitch” ou “Wore”. Encore qu’en tant que juron, ce n’était pas si évident à rendre.

l'amie de Dom Duff, Dom, my apple, Yann Pelliet, Jeff Moran

Gwenn Cloitre, Dom Duff, my apple, Yann Pelliet, Jeff Moran

Moi j’ai dit “Bienvenue à l’île de Batz”, “degemer mat war enez Vaz!”, qui est une des phrases que je venais d’apprendre la semaine précédente… Et je me suis souvenu de cette sentence que mon grand père aimait à répéter (avec humour…), “pi eo ar meistr aman ?”

Autrement dit: “qui est le boss à la maison ?”

Le boss, dans la lande, c’était Bruce ce soir là. Pas loin, le dialogue britto-américain fut riche et fécond. Nos drapeaux ont un petit air cousin, aussi, faut dire. Moi, il faut vraiment que j’apprenne le breton. Et que j’achète une autre chemise…

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2 commentaires sur cet article

  1. Yann a dit :

    Bah elle est pas l’air si mal cette chemise … ;-)

  2. jacques a dit :

    je t’appellerai desormais comme ça:\ar meistr\

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